27 juillet 2019. Monastère Ardenice. Berat.

27 juillet 2019 . Monastère Ardenice.

25,6° à 8H

Nous cherchons notre route en arrivant à Ardenice. Nous nous garons devant un hôtel restaurant et je descends du véhicule. Une femme, me voyant arriver, se « sauve » vers les tréfonds du restaurant. Je la suis tout sourire, mais la peur (oui.. LA peur et pas la crainte) est inscrite dans son regard. J’insiste d’une voix douce et avec le sourire. Elle se détend tout en restant méfiante…Manastary ? Ouf mot magique ! Manastéry !!! Elle sourit cette fois et se répand en explications !

Visite très agréable du monastère d’Ardenice ! Bien sûr, des mendiants occupent la montée à la porte du lieu saint. Les billets ? Ah non…Pas de billet ! Il faut acheter une publication par personne pour 0,91€ pièce.  Je couvre mes cheveux avec ma fouta au grand étonnement d’un autre couple de Français.  Pour le moment, aucune tenue ne nous est imposée dans les édifices religieux ; on prend les devants par respect.

Le monastère, construit en 1280, serait le plus beau monument orthodoxe d’Albanie et aurait abrité les noces de Skanderberg, héros national,en 1451 . Il abriterait le plus vieux texte en langue albanaise. Nous avons vu les photos… Les fresques murales sont magnifiques. Le « guide » nous autorise une photo par personne, soit 2 par couple, sans flash. Pendant ce temps, il sort de l’église…Comme çà il n’a rien vu et sa conscience est tranquille.

Il nous explique aussi que les plus belles icônes ont été « enlevées, cassées par les communistes » ! Nous n’en saurons pas plus.

Nous voici à Berat,  la ville aux 1000 fenêtres. L’influence ottomane est très marquée. C’est à pied, par une montée à plus de 10%, et une température indécente, que nous avons rejoins la citadelle. Elle est habitée.  Les maisons et ruelles sont typiques. Nous nous sommes régalés d’un plat traditionnel au restaurant Onufri après la visite du musée du même nom. Onufri est un célèbre peintre albanais, le 1er grand peintre albanais, à qui la peinture doit un « rouge » très particulier : un rouge brillant teinté de pigments roses. C’est le seul a avoir osé le rose dans les peintures très codifiées des icônes. On sait très peu de chose sur lui si ce n’est qu’il est à l’origine d’un style et d’une école renommés.

Autre personnage célèbre : Ali Pacha, un Ottoman, qui s’est emparé de la ville au dix neuvième siècle. Il utilisait le poison, la terreur et la diplomatie pour régner.

La campagne ici est très belle, plus entretenue que les villes. Les oliveraies très nombreuses avoisinent les grandes serres de production et les champs de maïs.  Après un achat épique de pêches en bordure de route, nous avons reçu en cadeau des poires. La vendeuse m’a mis 4 kg de pêches là où je n’en souhaitais qu’un. Impossible de l’arrêter ! Au pire, on fera de la compote ! En revanche, c’est la 3ème fois que les Albanais nous offrent de la nourriture ou une boisson en signe de bienvenue. Nous bivouaquons ce soir sur le parking du site archéologique Apollonia. Il fait 38° à 17h.

Album photos. Cliquez : Monastère Ardenice. Berat.

1 août 2019. St Nicolas Mesopotam. Syri i Kalkër. Gjirokaster.

1 aout 2019 : Monastère St Nicolas de Mésopotam.

31° à 8H30

Quelle nuit ! Pas le moindre souffle d’air, chaleur étouffante et MAAF en forme !!! MAAF ? Vous ne connaissez pas : Mosquitos Albanian Air Force ! Et côté force…Rien à redire ! Ils sont performants !!!

Hier soir, nous avons échangé des sourire avec une belle grand-mère, au visage buriné, toute chenue et vêtue de noir qui allait et venait sur la terrasse. Et ce matin, c’est un porte-clé « tour Eiffel » que nous avons offert à la propriétaire du camping en remerciements de ses bons soins. Quelle émotion dans son regard ! Quelle tristesse dans le notre de quitter cette dame si accueillante !

Nous quittons Ksamil à 9h. Il fait déjà plus de 30°. Le monastère St Nicolas de Mésopotam est hélas en ruines. Le gardien nous accompagne, soucieux de bien nous accueillir, montrer des merveilles insoupçonnées et partager son désarroi. Il nous explique tristement que malgré le classement Unesco les travaux n’avancent pas et tout le site s’abime. Nous compatissons et partageons sa tristesse.

Album photos. Cliquez : St Nicolas de Mésopotam

Pour rejoindre Syri i Kalkër, l’oeil bleu, la piste est longue de 2km. Le site vaut le détour. Il s’agit d’une résurgence naturelle d’un bleu-vert glacial. L’eau remonte en légères bulles d’une température maximale de 8°: un choc pour les jambes mais le bonheur!!!

Il n’existe aucun explication scientifique valable pour ce phénomène…

Album photos. Cliquez : Syri i Kalkër

Puis nous nous engageons sur une belle route à flanc de montagne pour rejoindre la vallée parallèle : celle de Gjirokastër.

Sur la ligne de crête : un bel étal ! Arrêtes toi ! Nous sommes friants de ce genre d’échoppe et celle-ci propose du miel et de…L’huile !!! C’est bien mal nous connaître que de penser que nous allions abandonner l’idée de ramener de l’huile d’olive ! Le jeune commerçant est étonné de voir des Français et engage une conversation dans un sabir mêlant l’anglais, l’allemand, l’italien. Nous lui répondons de la même façon en ajoutant les images du Gépalémo ! Il nous « impose » une dégustation et c’est les bras chargés de bons produits que nous reprenons la route !

A Gjirokastër, nous nous garons sur un « camping » tout nouveau. Le jeune gardien nous fait les honneurs des installations, à l’albanaise…C’est à dire que dans les toilettes, vous avez une pièce regroupant le wc, le lavabo, le pommeau de douche…Et le bac à douche ? Pas besoin ! Il suffit d’une bonde sur le sol carrelé et le tour est joué ! Nous expliquons notre souhait de nous rendre dans la vieille ville à pied. Il nous répond : «  be careful ! Next crossroad.. ! » Son geste de la main est explicite ! Au prochain carrefour, des voleurs !…Il en faut plus pour nous décourager et c’est d’un pas vigoureux que nous partons ! Nous traversons la bande de « roms voleurs », habitant le bidonville en contre-bas de la chaussée sans encombre.

La vieille ville ottomane de Gjirokastër est en cours de rénovation. Elle sera très belle dans quelques temps, toute en camaieu de gris ! La citadelle austère domine la vallée du Drino. Les kulles, maisons sans fenêtre au rez de chaussée et percées de meurtrières renforcent ce sentiment d’autérité.

Gjirokastër a abrité deux personnages célèbres : le dictateur Enver Hoxa et le romancier Ismaël Kadaré. Le premier a transformé la vieille ville en musée à ciel ouvert ( en détruisant cependant une partie du patrimoine) et le second chante ses vertus dans ses romans !

A Gjirokastër, nous avons trouvé du véritable artisanat albanais. Ici, pour l’achat de serviettes dont j’ai reconnu la facture manuelle, la marchande m’offre un napperon. Là, le vieux sculpteur sur bois et sa femme expliquent, en italien, qu’ils sont parmi les derniers à pratiquer cet art. Je leur achète une cuillère qui est aussitôt gravée à mon nom, admire un gratte-dos à la forme ergonomique…Une demie heure plus tard, prise de remord de n’avoir pas acheté cet objet, je retourne à la boutique. Le premier regard est inquiet : «  y a-t-il un souci avec la vente ? »…Face à mon sourire, et au gratte-dos que je prends, voilà les deux vieillards rassurés, tout sourire et…Je serais embrassée sur les 2 joues et récompensée d’un bonbon pour la peine ! Quelle chaleur !!!

Album photos. Cliquez : Gjirokastër

Col de Prislop. Voronet. Bucovine. Moldavie.

dsc05781  29 juin 2016.

Une belle route de montagne aux virages en épingles à cheveux nous conduit à travers de magnifiques forêts au Col de Prislop (1416 métres). Chemin faisant, nous nous arrêtons vers un apiculteur qui tient un étal en bord de route. Nous échangeons tant bien que mal sur les diverses variétés de miel, ses difficultés car le climat est rude dans la montagne. Nous observerons les apiculteurs au travail tout au long de notre parcours du jour. Plus loin, c’est à la source d’eau minérale du Parc National des Munti Isi Apara Vitorul que nous remplissons nos bouteilles d’une eau cristalline et au goût délicat. Pour trouver la source, il faut avoir l’oeil. Elle est à peine signalée. Il s’agit d’un simple tuyau qui sort du talus. Il est équipé d’un goulot de bouteille en plastique pour faciliter le remplissage ! Encore une stupéfaction de plus dans cette Roumanie pleine de contraste. Stupeur d’autant plus grande, qu’au Col de Prislop, un gigantesque monastère flambant neuf est en cours de construction !

Il fait 15° à 10H30. En deux jours nous avons perdu 20° en température !

dsc05786  La Bucovine est élégante et ordonnée. Terre de collines et forêts, elle nous rappelle le Beaufortain. Les maisons sont ornées de dentelle de ciment très fines.

La Bucovine est une partie de la Moldavie. Elle a été peuplée durant des siècles de plusieurs nationalités différentes : Arméniens, Juifs, Turcs, polonais, Roumains, Ukrainiens, Allemands, Roms. Un véritable brassage culturel !

C’est aussi la région des œufs peints ! Les œufs sont vidés de leur contenu, puis peints à l’aide de la chisita, un tube de métal sur lequel est tendue une soie de porc. Dans un premier temps, la coquille vide est enduite de cire colorée, puis les motifs sont dessinés et les couleurs fixées par des bains successifs de la teinte la plus claire à la plus foncée. Le plus souvent la couleur est rouge. Chacun a son motif particulier. Ils sont souvent offerts à Pâques et donnent lieux à des concours. Il s’agit en faisant rouler son oeuf de casser ceux des concurrents ! Pour les enfants, les oeufs sont en bois. Moins fragiles, ils permettent aussi de casser les oeufs des adultes sans coup férir !

Les 150 Kms après le Col de Prislop sont épouvantables. J’enrage ! Il y a de l’argent pour construire un monastère flambant neuf au milieu de nulle part et pas un centime pour refaire les routes. Il nous faudra 4H20 pour parcourir 150 malheureux Kms !

dsc05812  Nous voici enfin sur le parking du monastère de Voronet. Un homme accourt brandissant un carnet à souche… C’est payant mais nous pouvons passer le nuit sur site. Le préposé nous propose même un raccordement électrique sur une cabane de vente de souvenirs pour le même prix. Par contre, depuis 2 jours, nous n’avons pas réussi à vidanger la cassette des WC. On nous propose invariablement de jeter le contenu à la rivière, ce que nous refusons fermement compte-tenu de l’additif qu’elle contient. Le scénario se répète à nouveau à Voronet. Nous finirons par trouver une bouche d’égoûts…En espérant que le dit-égoût ne se déverse pas directement dans la rivière proche…

A Voronet, le protocole est strict : pas de bras nus, pas de jambes nues ! Jean-Paul doit donc revêtir une seyante jupe-portefeuille sur son pantacourt, décidément trop court !

Voronet, construit en 1448, en 3 mois et 3 semaines, est présenté comme le joyau de la Bucovine. Nous restons ébahis devant les murs extérieurs, recouverts des fondations au toit de fresques. Celle du jugement dernier sur la façade ouest retiendra plus particulièrement notre attention par sa complexité !

Les peintures de Voronet sont à dominance de bleu, un bleu encore bien différent du bleu éclatant de Sapanta. Le bleu de Voronet serait obtenu par broyage de lapis-lazuli ! La résistance au temps est assez exceptionnelle !

Grâce à un vendeur d’icônes sur verre qui parle très bien le français, nous aurons plusieurs informations sur la Roumanie. Il nous parle de son art. Les icônes sont peintes à l’envers et les diverses teintes sont superposées avec minutie. Plus le dessin est fin, plus les passages sont nombreux. C’était un art religieux. Pour autant, dès le 17° siècle, les paysans ont commencé à peindre des icônes pour protéger leurs maisons, d’abord sur verre, puis sur bois, le verre étant devenu trop cher. Les icônes représentent de façon naïve des saints vêtus de costumes traditionnels ainsi que des éléments de la vie quotidienne.

Il nous met aussi en garde contre les « Gipsys », tribu de voleurs et arnaqueurs, selon lui. Si nous pouvons transposer, il s’agit péjorativement des « manouches voleurs de poules et mendiants » qui sévissent en France. Il nous conseille de passer notre chemin, ou de différer une visite si nous en voyons trop, notamment des enfants, plus agiles au chapardage.

Nous décidons d’acheter des œufs peints… Pas des vrais que nous avons peur de briser en route, mais des reproductions sur bois. Devant la multitude de choix, une Roumaine nous guide dans nos choix bien gentiment et nous explique les couleurs et motifs traditionnels des œufs, des nappes et vêtements brodés. C’est désormais l’oeil averti que nous ferons nos emplettes.

Nous avons aussi droit à la question désormais rituelle que nous posent les Roumains avec qui nous bavardons : «  mais qu’est ce que vous êtes venus faire en Roumanie ? » « Visiter un pays que nous ne connaissons pas. Découvrir un autre mode de vie, une autre culture » « Mais…Il n’y a rien à voir en Roumanie !!! La France est un si joli pays, pas comme la Roumanie !!! » Nous les détrompons tant nous sommes conquis par la Roumanie, si rude au prime abord, puis très attachante. « Mais qu’est ce qu’il y a à voir ? ». Nous expliquons le périple accompli et celui à venir et là….Inévitablement, la mâchoire de notre interlocuteur pend, ses yeux s’arrondissent…Il est stupéfait ! Et nous offre sa bénédiction pour la suite du voyage.

Album photos. Col de Prislop. Monastère de Voronet. Cliquez ci-dessous :

Prislop. Voronet.