Rabat. El Jadida. 21 décembre 2010

Maroc Rabat1 20 décembre 2010. Ciel voilé . 24,5°

Lever à 6h pour être au consulat de Mauritanie à 9 H, nous trouvons grille close au camping ! Çà commence bien ! Un gardien finit par nous ouvrir. Rabat est comme toutes les grandes villes : asphyxiée par des embouteillages monstrueux aux heures de pointe ! La circulation est complètement empirique ! Les véhicules se croisent et s’entre-croisent avec les 2 roues. La vigilance est de mise à chaque tour de roue.

Le GPS routier est censé fonctionner en traceur ; il pointe le cap et navigue selon les waypoints que je lui ai rentrés. Encore faut-il trouver le bon écran ! Plusieurs tripatouillages seront nécessaires. Nous arrivons, enfin, devant l’ambassade de Mauritanie ! La porte du « bureau » s’ouvre. Une bousculade monstre cause le courroux du préposé : « un par un ! Tout à la queue! ». Il faut jouer des coudes et écraser des pieds pour garder sa place en lançant un regard noir et parfois une invective ; Nous voici dans la place et là….

Le « bureau » a la taille d’une cabine de douche ! 5 personnes attendent derrière le « guichet », compressés au point de ne pouvoir bouger un membre ! Essayez de rentrer à 5 dans une cabine et vous comprendrez aisément ! Le guichet est formé d’une vitre dans laquelle sont découpés à  1,60 m du sol, un trou rond de 10cm de diamètre et, 1M en dessous un trou rectangulaire de 3cm de haut sur 10 de long. Un vrai « trou qui parle » à la russe ! L’ensemble de la vitre est recouvert de scotch marron. Sait-on jamais si on réussissait à voir la tête du préposé !!! Bien évidemment aucune lumière dans ce bouge ! L’horreur absolue pour une claustrophobe comme moi ! Concentrée sur ma respiration, je prépare soigneusement nos documents. Le douanier veut les dossiers « UN à la FOIS ! »; afin de ménager sa susceptibilité, je tends celui de Jean-Paul en premier. Mais, quand il découvre le mien, il tonitrue : « VOUS ETES ENSEMBLE ? » « oui » «  Alors les dossiers ENSEMBLE ! »…Logique douanière !!!

Les visas seront disponibles demain à 14 H ! Rien à faire pour les obtenir dans la journée !

Nous visitons donc Rabat.

Rabat a été fondée en 1150 par le Grand sultan Almohade Abd al-Moumin, au nord d’une antique cité romaine. Le Maréchal Lyautet l’avait choisie comme centre administratif du protectorat. Les immenses remparts, couleur de pain d’épices, érigés par Yacoub el Mansour, au XII ème siècle, entourent la ville sur plus de 5 Km.

Nous parcourrons la Médina et flânons dans ses multiples échoppes jusqu’à l’immense cimetière El Alou que nous longeons jusqu’à la Kasbah des Oudaïas.

Un peu de traduction :

Kasbah : maison fortifiée en pisé sur fondations en pierre

Ksar : ensemble formé par plusieurs Kasbah, donc village fortifié

Souk : marché

Dar : la porte

Médina : la ville

Riad : jardin clos, puis maison d’hôte avec jardin.

Baraka : la chance

Maroc Rabat5

 Revenons à notre Kasbah. Elle est l’une de premières constructions de la ville, a été bâtie au XII° siècle sur un site romain. Les Oudaïas étaient de terribles pillards, si sanguinaires, que le Sultan Moulay Abderrahmane a arrêté leur caïd en 1832 et a dispersé toute la tribu. Une partie s’est réfugiée à Rabat dans cette Kasbah à l’abandon. Décidés à se tenir tranquille, les Oudaïs deviendront les garants de la sécurité de la ville.

La Kasbah est divisée en trois parties : andalouse, portugaise, musulmane. Les ruelles sont étroites, les maisons peintes de blanc, symbole de l’unité, et de bleu pour la mer. Au pied des murailles, le long de plage, le mausolée de Sidi el’Yabouri fait l’objet d’un culte assidu de la part des femmes en mal de maris !

Un dar est orné d’un chat… Etrange…Il s’agit du riad Dar Baraka (darbaraka-rabat.com) et son histoire est peu commune. Avant de partir pour la Mecque, le propriétaire a caché sa fortune dans un trou du jardin. Il est mort  lors du pèlerinage. Malheureusement, sa famille ne connaissait pas la cache. Lors d’une grande famine, elle a recueilli un chat famélique…qui un beau jour, a gratté le sol et découvert le trésor ! La légende dit qu’Allah a voulu récompenser la famille de sa charité envers la pauvre bête.

Nous voici à nouveau devant le consulat et nous échangeons quelques mots avec Yves et Roselyne rencontrés hier. Le passeport d’Yves n’avait plus qu’une demie page disponible et le douanier a refusé d’accorder le visa : il exige 2 pages vierges !!! Le consulat a finit par accepter d’établir un passeport provisoire. Mais aujourd’hui, le douanier exige 20 DH (2€) et refuse de rendre la monnaie sur le billet tendu par Yves ! C’en est trop ! Je tends une pièce de 20 DH à Yves, histoire de contenter le douanier !!! Et quand les Français se dépannent…APERO !!! Nous avons passé deux heures agréables dans leur caravane… A charge de revanche au Sénégal… puisque nous serons dans le même coin.

Au moment de partir, la roue arrière droite est quasi à plat. Jean-Paul enclenche le compresseur et regonfle. Nous nous arrêterons souvent sur l’autoroute pour contrôler…Le pneu devient brulant… Soudain… SPLOOOOO ! BBANNNG !  Nous nous garons en catastrophe ! Le pneu est à plat !

Nous changeons la roue et prévenons Mina de notre retard. Elle nous attend chez elle à El Jadida. Nous arriverons à la nuit, juste avant une nouvelle tempête ! L’accueil de Mina est digne de sa réputation ! Jusque tard, nous échangerons avec sa nièce et ses neveux. Ils nous conseillent  et nous apprendrons que la route entre Marrakech et Agadir est coupée à cause des inondations. Où va-t-on passer ? Il faut attendre (encore !), le temps va s’arranger !

Le lendemain, grâce à l’intervention  efficace de Mostapha, notre roue est réparée pour… 20 Dh !!! (2€)

Album photos Rabat. Cliquez ci-dessous.

Rabat

El Jadida : En accostant en 1502, les Portugais ont édifié en catastrophe un fortin, baptisé : Mazagan. Il est doté de superbes murailles, réputées imprenables. En 1514, une salle d’arme souterraine est construite. L’épaisseur des murs dépasse 3 mètres, sa superficie couvre près de 100 m2 et 25 piliers soutiennent sa voûte. En 1541, ce bâtiment sera transformé en citerne à eau. Alimentée en eau de pluie grâce à un trou dans la voute, elle peut contenir 2,7 millions de litre d’eau ! Abandonnée, puis murée, elle a été redécouverte…en 1916, quand Ben Attar, épicier de son état, a souhaité agrandir sa boutique en écroulant un mur !

Mais revenons à Mazagran; En 1769, le terrible sultan Mohamed ben Abdallah s’empare de la ville et la rebaptise El Jadida, ce qui signifie «La nouvelle» en arabe. Elle s’agrandira et la médina sera cernée de remparts, flanquée de 4 nouveaux bastions.

Après une séance shopping dans la «caverne d’Ali Baba» et au souk, il est temps de reprendre notre route.

Merci à Mina et à sa famille pour leur accueil chaleureux !

Album photos El Jadida. Cliquez ci-dessous

El Jadida

Descente du Maroc. 24 au 29 décembre 2010

Tranquillement, nous « descendons » le Maroc pour rejoindre le Sahara Occidental et la frontière de la Mauritanie.

Au Tropique du cancer, nous quittons définitivement nos vêtements d’hiver. la route s’étire, long ruban d’asphalte entre océan et dune. Nous traversons des villes et des villages et nous étonnons devant les « matériels roulants » et leurs chargement !

A Foum El Oued, nous aurons plaisir à retrouver le camping qui nous avait accueilli lors de notre voyage en 2010, avec le même gardien, toujours aussi attentionné, juste un peu plus vieux.

Enfin, juste avant la frontière, au Motel Barbas, nous retrouvons Yves et Roselyne et décidons de passer le no man’s land entre Sahara Occidental et Mauritanie ensemble. Yves tracte une caravane. Il est habitué à cette « traversée ». Nous non. Nous le suivrons donc pour, si besoin, désensabler la caravane grâce à notre sangle de tractage et nos plaques à sable.

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Descente du Maroc

1 ères impressions. 30 décembre 2010

Quelques instantanés:

Les mirages :

Vous apercevez au loin une magnifique ville blanche étincelante dans le soleil, un bosquet d’arbre près d’un lac. Vous ne les atteindrez jamais hélas ! Il s’agit bel et bien d’un mirage. Pour en être sûr, une seule solution : faire une photo avec son appareil numérique. En regardant ensuite dans l’écran de contrôle et en jouant avec le zoom, vous verrez…rien ! Juste l’immensité du désert ! Les experts avancent que ceci est dû à la réverbération du soleil sur le mica du sable…Nous n’en savons rien mais pour l’avoir vécu, ce phénomène est troublant.

Des vedettes ?!

A peine arrivés chez Ali à Nouadhibou, un journaliste nous a littéralement sauté dessus pour nous interviewer ! Il a copieusement photographié notre véhicule, et Ali avec nous. Pour quel journal ? Aucune idée ! Mais impossible de voyager incognito !

Coût de la vie :

salaire moyen entre 250 et 400€ par mois. Ali nous a indiqué que « 250€ c’est déjà très bien ! ». Par pudeur, nous n’avons rien dit du notre. La vie a énormément augmentée en Mauritanie. Les Mauritaniens se plaignent de ne plus pouvoir vivre, du manque de travail et de l’enrichissement croissant des «déjà riches ». Beaucoup trouvent ceci anormal. La Mauritanie s’oriente-t-elle vers un nouveau coup d’état ? Le dernier remonte à 2008.

Internet :

Pas de haut débit mais des ordinateurs hyper performants ! Choc pour l’Européen ! Pour vous donner une idée : pour mettre en ligne 2 billets sur le blog, sans photo, ni mise en page, il m’a fallu une heure de connexion. Et encore ! J’ai du utiliser une subtilité : envoyer le texte par mail vers une adresse « secrète » correspondant à la page d’accueil du blog…lequel s’avère impossible à ouvrir !

L’ADSL arrive tout juste à Nouakchott la capitale !

Nouakchott :

Que de changements en 5 ans ! En 2005, la ville était très sale, les trottoirs inexistants, les voitures, y compris, les taxis officiels en dentelle de rouille. Les chèvres, omni présentes, se nourrissaient de toutes sortes de détritus jonchant les rues : cartons, sacs plastiques, viscères…Le Marché Capitale enchantait par ses couleurs, son air brouillon, ses « échoppes » de tieb tieb ( récup, occasions ) où tout, absolument tout, pouvait être acheté : de l’ante-diluvienne prise électrique à l’essence dans une bouteille en plastique de tonic ! Les passages du marché étaient couverts de mellahs (voiles colorés) afin de protéger les chalands du soleil.

Aujourd’hui, le made in Taïvan a tout envahi. Nous n’avons pas réussi à trouver des naïls, sandales touaregs réservées aux femmes et confectionnées dans des peaux de dromadaires (enfin …en chèvre maintenant). La tong est reine dans les échoppes de chaussures !  Des bâches de plastique bleu couvrent les allées et la police chassent les marchands « à la sauvette » !

Les voitures à Nouakchott sont en bon état, voire flambant neuves, y compris les taxis officiels. De larges trottoirs recouverts de faïence bordent certaines avenues et…une « brigade de propreté » ramasse les détritus …que vous pouvez jeter dans d’immenses bacs poubelles …aussitôt renversés et fouillés par les nécessiteux ! Là pas de changement hélas !

Dans le quartier des ambassades, nous avons traversé une véritable cour des miracles : boiteux, culs de jatte, polios…Toutes les infirmités s’étaient données rendez-vous. Les gens quémandent mais, face à un refus poli et ferme, n’insistent pas.

Les Autorités :

Pour le moment, au Maroc comme en Mauritanie, tant la Gendarmerie Royale que la Police restent courtoises et correctes : une seule demande de cadeau et une seule demande « d’encouragement »…que nous avons déclinées comme il se doit !

Il semblerait que les Gouvernements ont strictement interdit d’importuner les rares touristes…A suivre…

Nous apprécions leur courtoisie et rions de leur amusement devant nos fiches de police. En couleur, avec nos photos d’identité et celle du véhicule, elles remportent un franc succès. Il doit exister un concours de la plus belle fiche récupérée dans la journée vu la mine réjouie de la personne qui obtient la notre!

Le « Blaireau Gonflant » :

Il sévit toujours ! Sorti de nulle part, y compris en plein désert, toujours prêt à rendre service, surtout quand…on a besoin de rien ou que la réparation nécessaire au véhicule est déjà réalisée. On éconduit fermement ! Et devant la demande de cadeau, inévitable, on formule une contre-demande de cadeau. « Blaireau Gonflant » en perd l’intégralité de ses moyens ! Pensez donc : le toubab réclame au lieu de donner !!!

Nourriture :

Tout est désormais accessible dans les grandes villes mauritanienne : fromages comme alcool. Il suffit de savoir où s’approvisionner ! Mais…toujours pas de vitrines aux magasins ! Ceci réduit les joies du shopping.

Tout se marchande sauf le pain. Le vendeur annonce un prix qu’on divise par trois. Nous proposons un tiers du prix vendeur. Si notre estimation ( c’est la formule) est trop basse, la transaction ne se formalise pas. Il suffit de passer à la boutique suivante, qui propose d’ailleurs les mêmes articles made in Taïwan, et…re-belotte. Si à nouveau les négociations ne démarrent pas, nous revoyons notre estimation à la hausse. En général, le 3ème ou le 4ème vendeur, prévenu par téléphone mauritanien aura baissé son prix. Face à une légère augmentation du notre, l’affaire se conclue ! L’Afrique reste et demeure l’école de la patience !

La religion :

Le Muezzin s’égosille plusieurs fois par jour du haut de son minaret. Les mosquées sont extrêment nombreuses, chacune étant dotée de son muezzin. A heure fixe, dès le lever du jour ( 5 ou 6H du matin)  tous les muezzin donnent de la voix et nous…on compare et on se marre ! Quelle cacophonie !!! La pire expérience pour le moment a été vécue à Nouadhibou. Pendant plus de deux heures, toutes les 5 minutes, les 6 muezzins scandaient : « allah akbar »…pour punir les non musulmans ? En tout cas, on connait. C’est « PROPAGANDA»!!!!

Insécurité :

Pas vraiment ! La gendarmerie et l’armée sont présentes. Nos haltes s’effectuent dans des établissements de renommée, recommandés notamment par Gandini dans son guide des campings au Maroc avec extension. Ces aubergistes représentent des mines de renseignements très précieuses. Ils estiment que la situation est calme et sûre pour les voyageurs. Ils nous accueillent à bras ouverts et s’inquiètent de la désaffection des routards. Nous venons d’échanger avec le responsable mauritanien de « Mauritanie Aventure ». Pas d’inquiétude pour lui, la société organise toujours des séjours mais…la prudence reste de mise…